28 mars, 2013

Notes sur l'endroit. 28 mars 2013.



Je regarde les derniers messages postés et je me rends compte que le temps qui les sépare est toujours de plus en plus long. 

Je ne suis pourtant pas inactif, je l'assure ! Sismographier se cherche. Cherche à changer d'orientation. Il vieillit (le premier message date du 02/06/11). L’influence y a toujours été régulière (ce fut souvent encourageant et je vous remercie !). Mais les choses demandent à changer. 

Je vais en parler.

Je suis beaucoup occupé en ce moment, c'est peu dire : entre mes affaires personnelles (ce qui est normal et commun), des projets à trois mains (Bêta), mes études (qui sont aussi des travaux d’écriture sur l’écriture des autres) et des démarches plus personnelles (que ce soit dans ma tête, sur mon bureau ou sur internet).

Sur internet d'ailleurs (puisque nous y sommes), je suis là, ici : Je personne.

C'est un espace sur lequel j'expérimente la phrase de rien, le silence en série, le découpage par séquence, le cliché, l'attention et la précision du lexique, la répétition, la fiction du rien, l'étirement du rien, la désindividuation. Tout ce qui permet d'atteindre une insignifiance quelconque.

Je poste quelque chose une fois tous les deux jours. Cela prend du temps dans mon activité d'écriture sur le net mais j'ai décidé de lancer ce projet car il correspondait davantage à ce que j'attendais, à l'heure actuelle, du format numérique qu'internet m'offre. Il me permet d'utiliser à plein les ressources de la mise à jour ; et il constitue une expérience sur le long terme, qui progresse, se cherche, s'interroge au fur et à mesure qu'elle se construit. C'est une expérience vraiment stimulante qui nécessite un travail rigoureux, filé, buté.

Ici, je ne sais plus quoi publier.

Je me rends vite compte que le problème du blog à articles est le même que celui du recueil de poèmes : à l'intérieur de ces ensembles là, on ne peut mettre que des choses qui fonctionnent déjà toutes seules. On peut les mettre ensemble mais c’est pour faire du contenu. Mais moi je n'arrive pas, la plupart du temps. Ce que je fais s'étire, je n’y arrive pas autrement.

Un paragraphe comme ça, c'est trop dur de le faire parler tout seul, sur la page.

Je n'ai pas envie que cet endroit devienne un espace d'actualités personnelles. J'aimerai réfléchir à ce qu'il pourrait accueillir.

Ce que je lis, ce que je vois, ce que je fais, ce que j'aime, ce que je critique, ce que je prends avec un appareil numérique (documentaire), ce que je regarde, ce que j'oublie, pourraient y prendre place un peu plus. Cela demanderait d’abolir les catégories qui sont déjà en place, les abandonner sinon, pour trouver un autre mouvement pour les choses. Plus linéaire.

Et changer l'endroit, car il ressemble de plus en plus à une anthologie de jeunesse : je ne me reconnais plus dans les titres (je n’ai jamais fait de voile, de bateau), dans les sections, dans certaines approches - et pire, le support - à moins que je ne devienne calculateur (mais) tout reste là, au stade d'archives. Je peux voir ce que je n’aime pas voir à n’importe quel moment et c’est assez peu agréable. 

Je préférerai travailler sur des archives plutôt que de voir les miennes s'entasser.

Dans tous les cas, ce remodelage prendra un certain temps. Mais dans tous les cas, je resterai sur une régularité moins dense que celle de "Je personne". Un article toutes les semaines, un article toutes les deux semaines, un article par mois. Je ne sais pas.

Je vais voir car à l’heure actuelle, je n’y vois rien.

Peut-être que la rentrée prochaine verra cet espace renaître aussi car des déserts de silence s'annoncent (je ne sais pas si c’est une métaphore, c’est assez joliment dit, je l’avoue).

En attendant, cet endroit est une friche.

20 mars, 2013

E. Hocquard - Abécédaire TLMSR.



"Nous vivons tous avec l’idée reçue – avant même l’école primaire - que la grammaire (le squelette de la langue), comme la Loi, doit être la même pour tous et qu’elle est immuable. Nul n’est censé l’ignorer et tout manquement à ses règles est sanctionné comme une faute grave. La grammaire dit : « Tout le monde se ressemble. » Nous la ‘’respectons’’ comme un monopole d’Etat, jusque dans les aspects les plus anodins et les plus intimes de notre vie. Ses lois régissent nos manières de parler et d’écrire, de lire et d’écouter. Mais aussi le ton et le débit de notre parole. Cette musique grammaticale, nous la percevons même dans les langues qui nous sont totalement étrangères, lorsque nous les entendons parler, même quand le sens de ce qui se dit nous échappe.

Pourtant on peut se poser des questions. Par exemple, pourquoi la grammaire d’un bègue devrait-elle être la même que celle de quelqu’un qui ne bégaie pas ? Parce que, rétorquera-t-on, la norme est de ne pas bégayer. Et si, précisément, le bégaiement était une manière de désobéissance, de résistance aux mots d’ordre de la grammaire imposée ? Gilles Deleuze dit qu’écrire c’est bégayer dans sa langue. En cela bégayer serait aussi un comportement politique. Claude Royet-Journoud demandait si un asthmatique a la même syntaxe qu’un non-asthmatique (Proust, par exemple, ses longues phrases). Etc."

Entrée Grammaire, préface de l'anthologie Tout le monde se ressemble, P.O.L, 1995 - par Emmanuel Hocquard.

30 janvier, 2013

(tiré de Gurs, 2011).

-


Qu’est-ce qu’ils foutent ici ? 

Sur les tombes je vois ça : נ ’פ.  

Qu’est-ce que ça veut dire ?

1941 1942 1941 1941 1943 1942 1941 1941 1943. 

Là, par terre, c’est un tas de corps nus morts comme les feuilles mais je vois rien. Trois années pour mourir. J’ai mal aux yeux, les arbres et le vent dedans. Là les pierres. Je suis dans un coin du Béarn et j’ai toute l’Europe sous les pieds. Je regarde chacune des tombes. Juste quelques heures parce qu'ils sont restés là tout ce temps.

1942. 1941 1941 1943. 1942 1941 1941 1943. 1942. 1942.

Ça ne veut rien dire.

-

23 janvier, 2013

Remarques. Nathalie Quintane.




Est-ce qu’un livre peut être riche de riens ? (Les riens, les keudal, les misères, les quotidiennes, les objets). Que peut-on dire des livres sans commentaires ? Est-ce que ça existe ? Et, si on ne peut pas dire grand chose, est-ce que ça peut/veut vouloir/pouvoir dire que ça ne vaut rien ?

Fi.

En ce sens, je vais parler un petit peu d’une auteure dont j’aime beaucoup la démarche. Nathalie Quintane (c'est elle sur l'image, elle mange un sandwich) . Ma perception de son travail pourrait se résumer par une somme de coups de poings au bide (Tomates), de rigolades d’enfance sans enfants (Antonia Bellivetti), de fausse fiction linguistique (Grand ensemble), d’une pointe de déception dont on ne peut se dire qu’elle mériterait d’être dépassée (Crâne chaud, son dernier, ambitieux, un peu déceptif, jusqu’au dernier chapitre, pour lequel on reprendra tout – encore plus vite, etc.). Elle a écrit un tas de livres que je découvre progressivement.

J’ai trouvé Remarques. Ce n’est pas édité chez P.O.L. C’est son premier. Le voilà alors. Je l’ai pris. Ce livre est rouge et non blanc. Puis j’ai lu Remarques. Un peu d’abord. Puis d’un trait (trente deux minutes). Puis les morceaux. Puis à voix haute à quelqu’un. Ravi. Puis je me suis promis de l’offrir à tout le monde. Puis je me suis dis que tout le monde s’en fichait un peu et que ça allait me coûter un petit peu cher.

Il s’en fichait un peu tout le monde.

Elle, quand elle écrit, elle s’en fiche peu. De quoi : de rien. Un livre sur rien. Sur le quatrième de couverture, on lit automates. Que nous sommes des automates. C'est vrai. Parce que bon. Une journée, c’est une succession de postures, une succession de gestes, imprécis, non-réfléchis. Non-réfléchis, ça veut dire : impensés et sans reflets. C’est sans reflets parce que ça ne vaut pas le coup de regarder dans la machine de tous les jours. Il y a des postures mais pas du tout comme dans une danse car ici on ne fait que s’arrêter. D’un point A à un point B, on doit avancer et comme le temps coûte cher, on trouve des astuces. Ce sont les objets et les véhicules utilisés qui nous obstruent le passage. Ce ne sont pas les mêmes qu’il y a deux cent ans. D’ailleurs, peut-être que tout le monde n’était pas si pressé avant.

Le livre va dans ce sens: il compile des Remarques (le titre, un sous-titre, une catégorie littéraire géniale). Il y a trois sections. Un : En voiture. Deux : Maison. Trois : -.

Tout ce qu'on trouve dans ce livre est ce que tu ne remarques pas. Le geste est marqué dans le cerveau, tu as appris à le faire, le temps te l’a appris. Maintenant ce sont des manies. Le sujet du livre n’est rien que ça : revoir et revoir le geste fait. Voir les étapes : si je fais ça, ça fait ça, je vois ça. Sans commentaires, sans trop de métaphores. Les remarques s’enchaînent très sobres et très soigneuses : on doit décrire ce qui se passe. La plupart des remarques sont donc sans importance. On ne fait que découvrir un bout de son visage (!). Pas de fils caché, ni de lettre cachetée entrouverte, ni de waw, de ô. Ce qui se passe est sans grande importance car c'est là, tout de suite en dehors du livre. Les remarques parle du dehors et comment on le fait et pratique. Les remarques montrent des astuces, notre corps d’aujourd’hui, assez méconnu en somme, des situations de science-fiction entre nous et les objets. En une phrase ou deux.

On lit :
Un insecte est venu s’écraser contre le pare-brise avec un petit plic.
Parfois, un dos d’âne inattendu coupe une phrase en plein milieu
Au moment où je dépasse sa voiture, une fillette plaque son visage contre la vitre : il y a un rond blanc à la place du nez.

Ainsi pour faire cela c’est une langue faussement simple. Une langue précise. Une langue-table : j’ai des mots, je dois dire un fait avec et je dois les ranger comme il faut. La langue travaille vers un dépouillement minimaliste (et ludique) destiné à nous faire voir, à nous voir (se reconnaître) et décrypter ce banal. Non, banal ce n’est pas un bon mot. C’est un mot moyen. Le quotidien et les astuces et les idioties. C’est très infra-ordinaire tout ça (= Perec + De Certeau). C’est une langue infra-ordinaire qui veut nous montrer à quel point c’est extraordinaire ce qu’il y a autour de notre corps qui bouge, de notre maison que l’on édifie, des objets que l’on fabrique, des situations dans lesquelles nous nous mettons.
Quand je mange une biscotte bien croustillante, j’entends moins bien la radio.
Au-delà d’un certain nombre de choses plutôt petites, on inventa la boîte.
Parfois, on préfère rester à l’intérieur pour garder sa maison.

Je n’ai pas envie de trop pinailler sur trop d’analyse. C’est simplement un livre plein d’espaces où jouer. On se dit qu’être attentif (dans la langue, son usage et le monde construit) peut donner des livres très éclairants. Très rien du tout comme on a besoin pour mieux voir. Sans vitesse. 

Cette pratique minimaliste (et pour le lecteur, expérience-limite, un petit peu, cela dépend de l’habitude quoique parfois les choses les plus simples sont les moins lues & comprises) peut-elle tenir longtemps ? Nous sommes en droit de se la poser. Pas de réponse. Qui veut. Allez. 

Quoi qu’il en soit, l’attention de la langue et de son usage mènent doucement à une méfiance de la rhétorique métaphorique tissante et tissotée depuis des lustres (lustres, c’est un mot assez flou pour dire longtemps sans avoir à dire siècles, et ça fait un peu lancé comme ça, ça donne un côté folklo). L’acte d’attention de la langue, de son propre usage et fonctionnement (car quand je fais ça, que fais ma langue ?) est peut-être une solution partielle à l’excédent d’images toutes faites, celles de la télévision comme celles d’une certaine poésie (parfois – je rajoute un peu de flou, je ne nomme guère). 

Du moins, c’est une attitude dont je me sens de plus en plus proche.
Le fait de passer par une fenêtre ne suffit pas à la transformer en porte.
En immeuble, on connaît un voisin par ses bruits.
Les personnes à qui l’on s’adresse à travers la porte d’entrée répondent.
Après avoir pris une douche, je peux écrire mon nom sur l’armoire à glace de la pharmacie.

à propos de Remarques, Nathalie Quintane, Cheyne éditeur, coll. Grands Fonds, 1997.

10 janvier, 2013

Les Hauts de Hurlevent, Andréa Arnold.


On a rarement filmé avec autant de nervosité, de désir et de sans rien le brouillard, le vent, les chevaux, le soleil, les cheveux, la lumière, la nuit, les insectes, la boue sous les ongles. Ce rien au rang de merveille.








à propos de Wuthering Heights (Les Hauts de Hurlevent) par Andréa Arnold, 2011 (il est encore en salle). Film laissant sans bouche pour parler trop. 

03 janvier, 2013

Gaves (proses).


Les trois textes qui suivent sont pour Jean et Adrien. Ils s'appelle gaves. Je les ai retrouvés au fond de mon ordinateur mal rangé. Il datait d'il y a quatre ans. J'en avais un petit peu trop fait. Je crois que comme ça, ils sont assez authentiques.


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(Géographie : Auterrive, derrière les gaves.)

1
C’est samedi seize heures et le village est désert. Après les champs on a exploré un petit village. On est tombé dessus : les maisons sont fleuries et propres. Personne dehors. Il n’y a même pas d’odeur. Il fait chaud : il y a beaucoup de soleil. Les couleurs sont vives.  De la voiture, d’un coup, on voit un clocher, presque faux. On regarde les trois. La voiture grogne. J’ouvre la portière.
C’était très simple à l’intérieur. Il fait frais. Les pierres sont lourdes. On s’est assis sur les grands bancs vides. Qu’une odeur un peu vieille. Nous n’avons rien dit jusqu’au retour vers la voiture. C’était rien du tout.

2
On a trouvé un coin près de l’eau. On s’est s’assis sur les pierres chaudes. Ça tâche nos pantalons. On fume. On ne voit pas le temps passer.  Il n’y a personne autour de nous.  De la berge, on voit une maison immense qui semble vide. On discute beaucoup, à moitié sérieusement. Quand même. Il y a comme une ivresse du soleil. L’herbe est grasse. On est assis sur nos sacs à dos. La voiture noire attire deux chiens. Il y a de la poussière et une cabane bancale. On ne fait rien de mal. Je n’arrête pas de fumer les cigarettes de mon voisin. Je ris fort. On se tape les épaules. Au bord de l’eau il y a quelques arbres un peu frêles qui nous protègent de la lumière. L'après-midi se passe patiemment et le soleil descend. Le ciel derrière la rivière est clair. On fume une dernière cigarette et lourds on monte dans la voiture.

3
Étourdi le conducteur et les passagers rigolards, on a traversé la départementale en dérapant et la voiture a glissé en ratant le stop. Le conducteur voulait freiner. On a vu le fond de nos yeux sur deux secondes. Autour aucun bruit. Puis on a oublié. J’avais le bras à la fenêtre et le vent passait.


20 décembre, 2012

Lettre Jack Spicer. 201212.


Cher Spicer,

Tu t’es si bien greffé aux branches de la radio que j’ai eu du mal à te retrouver. Je ne sais pas trop ce que je fais, puis j’ai lu, et j’ai compris : un poème, ça ne sert à rien. Deux poèmes accrochés peuvent servir un peu plus. Je marche sur le noir et je compose par secousses, des morceaux arrivent, je les empile, les accroche, décroche. Il y a une cohérence toute magique qui se fait – la nuit enfantine joue et le vent souffle alors sur ces lignes de poèmes. Le jour d’après, je traverse ces enfilades à toute vitesse, les objets perdent un pied, les tables chancèlent, sur un tableau il manque un buisson, un film passe à la télévision ou un avion dehors écrit des mots absurdes dans le ciel. C’est la même maison mais tout change en permanence. Et j’ai toujours aimé les immenses maisons.

Tout cela pour dire : quand je sillonne, j’ai toujours un crayon et ma mémoire pour tenter d’attraper une séquence, une plage, de réel. Mais les mots ne sont pas extensibles, ni colorés. Ça empire toujours.

Un chien, c’est cinq lettres qui aboient. Ce n’est que cinq lettres qui aboient. Je le crois, je veux le croire : un chien dans un poème n’a pas à être autre chose. Ailleurs je lui laisse faire ce qu’il veut, je le regarde, je le suis, il peut pisser sur ces cinq lettres et ça m’amuse beaucoup, ça oui, et toi aussi.

Il n’y a pas trop de métaphore quand j’écris parce qu’elles se font toutes seules. Elles n’ont pas besoin de moi. Ou quand je saute une ligne de trop je les aide, mais je ne fais pas ça pour elles, non, je le fais parce que c’est comme ça, que je vois les mots et ils me disent : « là, prends une syllabe, fais-nous courir, ou encore laisse moi tout seul, etc. ». Je ne fais pas ça pour elles, elles ne me demandent rien, je fais ça parce que c’est comme ça.

Je déteste les métaphores dans la poésie car je veux toujours dire ce que je veux dire, au moins une fois, pour faire comme s’il y avait quelque chose.

M.

(in Février : 36 poèmes + 6 lettres, 2012).

17 décembre, 2012

Michel ZX.


Michel ZX.



     « Tu ne te rends pas compte cette perruque ! Et cette chemise idiote ! Tu vas te ridiculiser putain ». C’est ce qu’avait dit Gérard et Michel avait mal. Qu’avait-il ce postiche, dégoté dans une friperie d’occasion pour cacher ce crâne un peu pâle ? Et cette chemise, ne mettait-elle pas en avant les formes ventripotentes de son corps, celles dont, depuis toujours, Gérard avait vanté les vertus orientales ? Là Michel n’en pouvait vraiment plus. Le point d’orgue d’un seul coup. Gérard était un homme sans tact aucun. À chaque fois on lui faisait le coup. Il repensait à cette histoire de robe mal coupée devant le Chez Titi, il y a deux semaines. La même chose. Quel con.

     Michel pleurait presque. Quand même, il oublia. La bière sur les genoux. Puis la soirée se passa très vite. Tout le monde regardait ce couple étrange : deux hommes déguisés en tapis. Ce n’était pas commun, pensait-on, au Billy , lieu du raffinement de la campagne marmandaise. « Comble de la lourdeur cette plume dans le cul ! » : c’était la mentalité du coin. Au milieu de la nuit la foule criait. Gérard et Michel, tapis flashis, jouaient aux rois dans le fond du club, distribuant les bons points, les bonnes cuisses. Et clash. Boum. Ça fume tout à coup de partout là-dedans. Tout disjoncte, crack ! Ça fume et recouvre tout le hangar coloré. On sort en ululant, fleurs aux fesses et en panique, sur le parking de ZX.

     Gérard et Michel ne dansaient plus, pétrifiés par le boum ; moins danseurs aussi. Les moteurs qui puent chauffaient dans l’été et commençaient à les asphyxier. Ils somnolèrent au milieu des revendications politiques des tantes : récupérer le martini traînant près de l’entrée afin de continuer la soirée, comme le stipulait l’habituel protocole, jusqu’au petit matin. 

     Sur les clopes ça tirait fort et les doigts sentaient. Le soleil venait sur le terrain un peu morne. À un certain moment il y eut une bagarre, bien que personne ne sache plus à quel propos. Ni entre qui et qui.


(Première version publiée dans PB02, 2011. Remaniée. Rigoler.)


05 décembre, 2012


= si je dis je c'est qui je. c'est qui ce mec ce con. il habite dessus et là, ici. ici j'habite on dit mais où. je n'a pas de souffle. je n'est pas un souffle. je est un endroit où on demande qui. quelque chose comme ça à peu près. je ne sais pas.

(notes creuses novembre)

27 novembre, 2012

Enquête : Je demeure en Sylvia & apocryphes.


                                                                                                     à Didier Coste, bien qu'il n'y soit pour pas grand chose finalement,



1
Je traîne beaucoup en ville. C'est assez peu dire. Le dimanche aussi. Pour m'occuper je rentre dans les magasins de livres. Le dimanche, le seul ouvert est sur le Cours Victor Hugo.  J'aimerai bien faire des enquêtes même minables à la place du dimanche dix-huit heures à Bordeaux.

 2
Je demeure en Sylvia. Editions de Minuit. Didier Coste. J'ai été assez surpris en trouvant le livre dans un bac de la bouquinerie. Un peu plus que surpris même parce que je ne m'attendais absolument pas à être surpris comme ça - un moment où une réalité factuelle rencontre le corpus de la langue écrite. C'était tellement drôle que je l'ai acheté sans regarder.

3
Je connaissais déjà de nom ce livre. A vrai dire, je connais Didier Coste car il est, encore aujourd'hui, un de mes professeurs. Je le vois, régulièrement - avec la valeur que ce mot revêt pour parler de l'Université, depuis quatre ans. Je comprends, d'ailleurs, de mieux en mieux ce qu'il dit après tout ce temps. Parfois non. J'ai appris qu'être perdu dans un labyrinthe n'était pas forcément une impasse (qu'on rigolait bien). Que c'est une euphorie folle aussi, en passant aussi, une aubaine théorique (allez, bien sûr : une occasion d'écrire encore des livres par dessus les livres jusqu'à ce qu'on s’essouffle).

Il a donc, en dehors de sa réalité physique, une réalité livresque. J'avais pourtant l'idée naïve que les choses marchaient dans l'autre sens (le livre puis l'auteur). Le nom de quelqu'un sur un livre et de celui que je vois une fois par semaine ce sont télescopés d'un coup. C'est peut-être ça l'afflux de surprise.

Le papier est jauni, c'est un assez vieux livre (1966), un livre caractéristique de chez Minuit : la maquette claire et quasiment inchangée depuis. Le livre a pas mal bougé : d'abord, je remarque un petit bout de papier sur lequel on peut lire Librairie Mimesis - c'est drôle toutes ces histoires de réalité superposées. Cela veut dire qu'avant d'être dans cette bouquinerie , elle fut dans une autre. Avant encore, dans une librairie de livres neufs (il y a longtemps maintenant), puis dans les mains d'un lecteur. Cela fait un livre sale.

Puis, quelqu'un a écrit à l'intérieur du livre.

4
Je n'ai pas les outils scientifiques pour la datation des traits de stylo. Je dirais cependant que ceux-ci ont, sur ce livre, bien une dizaine ou quinzaine d'années. Ce sont des interventions choisies minutieusement.

5
Les traces du stylo, rouges à l'origine, sont devenues marrons. Les pages sont épaisses et sentent jaunâtres et ne sentent pas grand chose car c'est un objet presque comme un autre un livre, sauf ce qu'il y a dedans : sous les lignes moléculaires des mots.

6
La couverture semble avoir été mordue.

7
L'enfant dit : ce n'est pas moi. Je le crois, je sais dater une morsure.

8
Je peux faire un tas de chose avec un livre que je n’ai pas lu mais qui a été lu bizarrement par quelqu’un, avec un stylo pour dire oui et non, pour décider. Ce quelqu’un a arrêté de lire à la page 28. Après plus rien.

9
Demandant à l'auteur (le vrai), son visage rigole. Il me raconte la trame de la conception du livre. Je connais l'histoire du livre. Il est petit mais fut grand et on a fait des grands coups de ciseaux chez Minuit et on avait déjà des barbes avant-gardistes (nouvelles) et en tant qu'unique publication, ce livre sait prendre seul le tramway. Fin de l'histoire.

10
Je peux faire vraiment un tas de choses drôles. Je peux faire proliférer un matériau de rien du tout. Je peux m’amuser comme l’autre et son stylo. Dépasser la page 28. Faire du faux avec du vrai, faire du faux avec du faux, faire du vrai avec du vrai faux. 

11
Les preuves de ce que je dis dessous (objectivistes). Le stylo a cru bon de souligner le mauvais serviteur de l’aube. Fatigué et lasse, le stylo meurt ensuite. Sont reproduites ici les pages retravaillées par l’inconnu.














12. Je commence.


Verdâtre, souillée d’usure, la porte s’ouvrira.
Ou bien il nous faudra cette union des membres et du dos étroit entre les tables drapées de nappes de damas ou cette chair blanche qui maintient l’impassible dans son fourreau glissant la valeur des masses.
Ainsi dans la mesure où je sais que tu es la maîtresse d’une retraite chaude dont rien ne vient sur le monde bleuir les cavalcades ; nous sommes des charmeurs de moineaux, rien ne nous distraira de toi dont la gorge est immobile.
Parce que je suis un mauvais serviteur de l’aube.

13
de mastic blanc bien mieux cette reptilité
quatre
qui se faufile
de nappes moins que
rosée mais non pâle
lumières et la souplesse
d’acier

14
La pluie passera, a passé déjà au travers. Une porte dans la porte. Je suis un mauvais serviteur de l’aube et le soir quand chaque chandelle aura été mise à feu par les mains petites la porte s’ouvrira. Notre identité par la rotation.  Elle s’est avancée et tend les bras, une jambe hors du vitrail. Une retraite chaude.

15
Blandine, nous ne sommes que des charmeurs d’oiseaux, rien ne nous distraira de toi dont la gorge est immonde. Je suis le serviteur de l’aube. Ou bien il  me faudra cette chair blanche.


16
             Verdâtre, souillée d’usure, la porte s’ouvrira.
Ou bien il nous faudra
cette union des membres et du
dos étroit entre les tables drapées
de damas
où
cette chair blanche
qui maintient impassible dans son
fourreau glissant la valeur des
masses.


Ainsi
dans la mesure où je sais que tu es la maîtresse
d’une retraite chaude dont rien ne vient sur le
monde bleuir les cavalcades ;

Et tremble le fer
nous sommes
des charmeurs de moineaux, rien ne nous distraira
de toi dont la gorge est immobile.

Parce que je suis un mauvais serviteur de l’aube.

17
parce que je suis un mau-
vais serviteur de l'aube.
j'ai tracé nettement
rouge d'un coup de stylo.


18
Cette chair blanche moins que rosée mais non pâle. Nous écoutons à ses portes. Et ils sont déjà tous morts. Des filles qui chantent : "... votre voix plaît à mon oreille, je ne suis vous causer d'effroi..". Non, il n'y a rien. Qu'y a-t-il ? Non, il n'y a rien. Etes vous fatigué ? Non, je me sens très bien = il n'y a rien.

19
Le principe de la série et de la reprise, c'est que c'est infini. Infini, c'est beaucoup. A l'avenir, je ne sais pas si je lirais des textes moi-même avec un stylo rouge. L'inconnu qui a fait voyagé le livre a eu moins cette audace : rajouter une couche problématique par dessus le texte. Et comme tout ce qui pose problème, on peut jouer avec. Je me demande bien ce que les gens barreraient s'ils trouvaient un livre avec mon écriture à l'intérieur. Il y a deux auteurs : celui du livre et du méfait. Non. Je ne suis pas sûr de ce que c'est un méfait. Un mal fait, un fait mal. Plutôt un deuxième auteur : le lecteur tellement actif qu'il bave et juge sur le texte. Qu'est-ce que je dois faire moi. Je ne suis pas sûr d'avoir trouver de réponse. Je suis un mauvais serviteur de l'aube.


25 novembre, 2012

Rodrigo Paestra. 3.



Tu crois quoi Rodrigo. Tu vas avoir du mal à te cacher maintenant, la faux t'est passée dessus. Il est quinze heures et tu ne peux plus faire grand chose. Derrière la route c'est flou. Qu'est-ce que tu crois.  Qu'est-ce que tu crois.

21 novembre, 2012

Into the abyss. Herzog.




Il y a des oiseaux qui couvent sur les pylônes tout près des prisons. Le film parle d'un genre de villes où on a mis la peine de mort et des pistolets. C'est idiot déjà. Ils ont tués pour une bagnole, on va les tuer. Dans le lac où les deux gars ont tué la mère de famille, les forces de l'ordre trouvent des corps non-identifiés. Est-ce que si je pose des sales questions et que les gens pleurent j'ai le droit de filmer, voir, est-ce que je dois filmer. La voix qui pose les questions semble loin du monde. Avec un oeil tout frais sur les autres : il s'en fout, il fonce dans le tas, il se marre, il perce. Quand le révérend parle devant les tombes, j'ai l'impression de voir les tombes des juifs tombés d'épuisement et de faim à Gurs (qui existe encore, je les ai vu). Je n'y peux rien, c'est là, sous mes yeux, je vois ça. Sur les tombes il n'y a que des numéros - comme des étoiles. Comme des impacts de balles. Je me demande ce que ça fait comme bruit en vrai, tout près de l'oreille. Je renifle un nombre de fois énorme. Derrière moi un type ricane mais peu sûr de lui. C'est tellement vrai que c'est de la fiction. C'est tellement de la fiction que c'est vrai. Je pleure, rage. Surtout quand le type, qui accompagnait les condamnés à mort, parle. Il a vu quelque chose de trop grand, quelque chose que le temps lui avait fait oublier, il passe de machine à homme. Il a les yeux rouges aussi. Le type ricane de nouveau quand le type à la casquette des Chicago Bulls crache par terre. Il ne sent pas sale pareil. Je ne l'espère pas. Les images sont trop clairs et j'ai mal aux yeux. Est-ce que c'est pour que le public américain se voit lui-même, comme dans un miroir ? Est-ce pour qu'on voit le voisin de siège pleurer aussi, plutôt que pleurer, se cacher ? On se voit nous aussi. J'ai du mal à ne pas avoir mal partout à rester assis. Herzog filme des Pierres Rivières : père et fils en taule, main dans la main. Seulement là. Tous les témoins semblent vouloir être des animaux, pour se faire manger sans avoir rien à en redire. Ils ne font qu'en parler : écureuil, oiseaux, renard, alligators. Il y a de la lumière partout dehors là-bas. Nos vies sont toutes vides, nos vies sont vides. Elle débranche la ligne de téléphone pendant cinq ans. Mais ils arrivent à rebâtir quelque chose dans leur tête quand même. Je veux serrer le père de l'accusé à perpétuité dans mes bras. Qu'on oublie tout. Qu'on oublie tout. La vraie lumière revient, les gens s'en vont vite. Une fois rentré chez moi je chiale.



à partir de into the abyss, a tale of death, a tale of life, 2011, Werner Herzog.



Note.
Je n'avais jamais rien vu de Herzog. C'est toujours délicat les films-limites. Le thème, si fort, brasse toute l'attention. Dont l'attention à la forme. On oublie le qu'est-ce qu'il fait + comment. On ne s'y aventure pas ou on tire les ficelles trop vite. Je ne sais pas. Je m'en fiche : montrer, c'est facile, toujours, c'est ce que tout le monde a dû en dire. C'est même vicieux. Mais Herzog y met quelque chose de plus : les voitures passent vite sur le bitume qui en hd semble tout proche / on roule / on roule / désert / les rondes sur les murailles / les pylônes / les fusils / les pylônes / la balle parfois se coince / yes sir / chacun des visages / les voix qui s'arrêtent / reprennent. 


16 novembre, 2012

Jean-Marie Gleize, A noir.


(A propos de la poésie.)


« [...] il y a crise, il y a rupture, oui. Mais cette rupture est inévitable, est nécessaire. Mais cette crise est la poésie elle-même. C'était, on se souvient, le point de vue de Ponge, qu'il n'a jamais cessé d'affirmé malgré l'inconfort que cela suppose. On voit Francis Ponge, dès les Proèmes, élaborer une théorie de l'activité poétique comme « résistance » : « résister aux paroles ». Cela signifie d'abord pour lui (avant toute autre considération plus technique) lutter contre les paroles toutes faites, les automatismes, les stéréotypes, l'idéo-logie qui me traverse et m'imprègne, m'interdit l'accès à moi-même, s'interpose, comme système d'images déformantes, entre moi et le monde, etc. Ce que Ponge appelle « poésie », c'est donc en tout premier lieu une pratique de rupture avec la langue admise, dominante, l'inévitable prise en compte du fait que la langue n'est pas seulement un système abstrait de règles, ou un ensemble concret de formes et de substances qui peut donner à jouir, mais avant tout, en chaque sujet parlant, la langue du pouvoir, des pouvoirs, donnée et imposée, contre quoi la poésie travaille. Chez Ponge, sous la volonté affichée de faire simple et direct, il y a cette représentation de la pratique poétique comme délibérément subversive, « anarchique »en ce qu'elle conteste radicalement l'« ordre des choses », et l'ordre des discours. Terroriste par définition.»


Jean-Marie Gleize, A noir / Poésie et littéralité, 1992, Seuil / Essais, page 143.


14 novembre, 2012

Rodrigo Paestra. 2.



Les copains jouent les chiens et le font bien. Si ils parlent on est surpris. 
Le matin ils voient sur les mains le sang marron sur les mollets 
et sur les mains le sable. Les copains comme moi sont des chiens. 
On gueulent, cinq ou six ou quatre. Il n'y a pas Rodrigo. Paestra chante 
dans le noir quelque chose de monotone, de peu de notes. Il n'est pas 
musicien Rodrigo, c'est un danseur. Dans le champ crevé d'où le blé
coupé hier, sèche, Rodrigo trébuche mais danse, chantant mal, la 
voiture l'éclaire juste un peu. Parle à la place de son corps creux 
qui cède. Les copains et les chiens hurlent, on est en fille indienne et c'est
noir comme Paestra on envenime la situation. Lui
n'est pas chasseur, il danse.



Rodrigo Paestra  (2)
(lire Dix heures et demi du soir en été, Marguerite Duras), notes été 2012.

07 novembre, 2012

Rodrigo Paestra. 1.




     Rodrigo ivre mort crie
     Paestra Paestra
     nous on va à la chasse
     Rodrigo
     fais ce que tu veux
.


(photo M.a. + Notes insignifiantes sur août).

01 novembre, 2012

Frank Smith. Guantanamo.


Toi. D'où viens-tu, au juste ? 

Franck Smith, Guantanamo, Seuil, Fiction et Cie, 2010




(photo afp. le ciel orange)


Voilà un livre étrange encore. 29 sections issues de documents divers (rapports, procès verbaux, interrogatoires) relatifs à Guantanamo et ses prisonniers, terroristes présumés de couleur orange (comme le danger). Parlant de passage de frontière, cultures potagères, de qu'est-ce que je fais là, et le camp de talibans, vous êtes ici car, je ne connais pas, avez-vous, on dit que, on dit que, vous avez reconnu que.


Un livre écrit dans une langue dure et infaillible car cadrée par des institutions juridiques qui la glace. La langue subit des torsions au sein des procédures menées, en règle, pourrait-on dire. Question. Réponse. Question. Réponse. Fin de l'audition. Etc. Il y a une grammaire qui empêche quelque chose de naître autour des témoignages : les lieux, les personnes rencontrées, les motivations intérieures. Les détails sont là mais il n'y a jamais rien qui déraille. Nous avons le propos et son énoncé, concis, sous les verrous - ne donnant pas à voir un réel mais les cadenas de celui-ci (empêchant aux yeux de se déporter plus loin que la condition précaire de prisonnier. On cherche quelque chose, lecteurs, comme eux, ouzbeks, tadjiks, afghans - croyants, qui se retrouvent dans la zone de Guantanamo - une foule d'étrangers qui ne comprennent pas trop la tournure des choses autour.

La procédure suit son cours et s'écrit toute seule, presque sans personne derrière. L'auteur récupère les morceaux. Frank Smith réécrit, traduit donc remâche, remâche encore, démonte, remonte, montre, fait des traits et des sauts de ligne au milieu des discours, leur donnant une logique qui n'est pas sans nous faire sentir l'insularité de Guantanamo : longer les murs, traverser couloir après couloir, parler en trois temps (langue 1 / traduction vers langue 2 / langue 2, traduction vers langue 1), les gens qui s'assoient et attendent qu'on leur donne la parole, les preuves qui sont des morceaux de papier, les hommes frêles qui se croisent devant les fenêtres minuscules. Encore les murs derrière lesquels on ne voit rien. Tout un monde absent du livre, absent des documents mais que l'on guette, que l'on touche au détour des chapitres, dans le blanc des pages.

Ce n'est pas rien alors que le livre se répète et tourne en boucle. Il y a ceux qui ont la parole et la dirige, puis les autres, qui se débrouillent comme ils peuvent (comme ils le racontent parfois, dans le désert du nord de l'Afghanistan, là où on les a pêchés). Ils errent. On les fait errer. Laissons-leur alors le droit de devenir fou, d'avoir peur, de se contredire - même de ne pas arrêter de voir des choses absurdes dans leur propre discours. Non. Celui qui a la parole sanctionne. Insiste. Comme sur le papier. La parole froide, recueillie  La vie et sa réalité sous les lignes des textes ? On en doute parfois. C'est une condition trop fragile.

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On dit qu'on s'inquiète pour nos enfants,
et qu'on a beaucoup souffert depuis notre arrivée.
On dit qu'à chaque visite
les services médicaux se contentent
de prescrire un comprimé.
Qu'on voudrait passer une radiographie intégrale
pour diagnostiquer
ce qui ne vas pas.
On dit qu'un médecin passe
chaque matin,
mais qu'il se contente de délivrer un seul comprimé,
toujours le même.
On dit qu'on ne parle pas anglais,
mais qu'on lui en parle tous les jours, au médecin,
qu'on lui montre où ça fait mal,
et qu'on souffre de problèmes de vessie.
Que le médecin a l'air de penser qu'on plaisante
et qu'il se met à rire.
On s'excuse,
mais un testicule a été endommagé
quand on a été battu.
On dit que ce qu'il y a de bien,
c'est qu'en procédant à une radiographie intégrale
on saura exactement ce qui ne vas pas.
On dit que depuis qu'on est arrivé
à Cuba,
on souffre terriblement.
Que l'autre jour des soldats nous ont confisqué
notre stylo.
Qu'on avait pourtant la permission d'avoir
ce stylo
dans la chambre.

Extrait. pp.73-74, chap. XVI.


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Guantanmo est un livre de rien - rempli de voix sourdes. Frank Smith écrit et monte des petites tragédies sans catharsis. Car il y a des endroits où la langue meurt trop.



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On pourra aussi se perdre sur le site de Frank Smith, avec un tas de choses folles (dont euréka & les diagrammes pour la revue l'Impossible, d'ailleurs) et tout ça sans lyrisme (ah. à croire que ça n'existe plus).